L’Europe dans le système alimentaire mondial : un scénario pour 2050 adossé aux projections FAO

Résumé : L’étude PluriAgriBiom (PAB), commanditée et financée par l’association française Pluriagri, vise à mieux cerner la place passée et future de l’Europe dans le système alimentaire mondial en mobilisant l’outil quantitatif rétro-prospectif Agribiom. Un premier volet, réalisé en 2011-12, était centré sur une vaste analyse rétrospective des productions, échanges et usages mondiaux de biomasses alimentaires (1961-2007). Ce deuxième volet, réalisé en 2013-14, est entièrement consacré à la consolidation et analyse d’un scénario mondial de référence PluriAgriBiom pour 2050 (PAB50) adossé aux projections 2012 de la FAO pour cet horizon. La première partie de ce rapport synthétise, pour neuf régions du monde dont une Europe à 30 pays (EU30 = EU27 + Suisse, Norvège et Islande), plusieurs centaines de milliers de données transmises par la FAO pour sa base historique 2006 (moyenne 2005-2007) et ses années de projection (2030 et 2050). Selon ces données, entre 2006 et 2050, la croissance démographique mondiale serait de +0,72% par an (dont +0,02% en EU30 seulement, le plus faible taux) pour avoisiner 9 milliards d’habitants en 2050, les trois-quarts basés en Asie (52%), Afrique et Moyen-Orient. La croissance économique générale de +4,1% par an (+3,2% en EU30 seulement, le plus faible taux) serait tirée par l’Asie (+5,1%), l’Amérique du Sud (+4,6%), l’Afrique et Moyen-Orient. Au plan agricole, les produits animaux seraient le moteur de la demande dans le secteur, directement (viandes, œufs, lait) ou indirectement (aliments pour animaux). En 2050, l’Asie consommerait alors près de la moitié des biomasses alimentaires, notamment 58% des œufs, 46% des viandes et 48% des oléagineux. A l’opposé, la demande annuelle mondiale en céréales ne croîtrait que de +0,8% malgré +1,1% pour le seul maïs. Pour répondre à cette demande, 100 millions nouveaux hectares seraient cultivés en Afrique subsaharienne et Amérique latine alors que la surface cultivée continuerait de diminuer en Europe, et les rendements des cultures croîtraient significativement en Afrique (notamment grâce à l’irrigation), plus modérément ailleurs. Au final, l’Afrique subsaharienne doublerait au moins l’essentiel de ses productions en 44 ans, ce qui ne l’empêcherait pas de rester largement déficitaire en 2050 pour la plupart des produits, notamment oléagineux. Pour EU30, ce serait aussi le cas pour les oléagineux, ainsi que pour le sucre, deux denrées que l’Amérique latine exporterait en abondance. Dans la seconde partie du rapport, ces données FAO sont converties en deux bilans Agribiom emplois-ressources (PAB06 et PAB50) pour les synthétiser et les analyser en équivalent calories, pour les comparer aussi aux bilans historiques Agribiom (1961-2007). Cela permet d’abord de montrer que c’est en Afrique subsaharienne que la croissance des disponibilités caloriques moyennes par habitant serait la plus forte pour atteindre, enfin, 3000 kcal/j en 2050. Mais la part des produits animaux dans ces disponibilités resterait extrêmement faible : moins de 200 kcal contre 550 en Asie par exemple. A l’opposé, EU30 deviendrait la 1ère consommatrice mondiale de calories animales par habitant (1350 kcal/j sur un total de 4130). Au final, entre 2006 et 2050, la demande calorique mondiale en biomasses alimentaires végétales augmenterait de +56%, une croissance bien inférieure aux 45 années précédentes en pourcentage (+178% entre 1961-2006) mais quasi identique en volume (+20 Tkcal/j entre 1961-2006 contre +18 entre 2006-2050). Cette croissance varierait de +18% pour l’Europe à +163% pour l’Afrique subsaharienne. Elle proviendrait d’une augmentation de +50% pour l’alimentation humaine directe, de +57% pour l’alimentation animale, de +49% pour les semences et usages industriels hors biocarburants, de +217% pour les biocarburants (1ère génération), et de +23% pour les pertes entre récolte et mise à disposition des unités de consommation. En 2050, les usages industriels non-alimentaires représenteraient alors 12% de la demande mondiale (dont 6% de biocarburants) contre 10% en 2006 (3% de biocarburants) et seulement 2% en 1961. Pour répondre à cette demande mondiale estimée à 50 Tkcal/j en 2050 (moins de 12 en 1961), la croissance des productions se ferait à 91% par une augmentation de +0,9% par an des rendements (+2% entre 1961 et 2006). C’est en Afrique subsaharienne et Amérique latine que la production de calories alimentaires végétales augmenterait le plus, et en EU30 le moins. En 2050, l’Europe représenterait alors moins de 8,5% de la production mondiale de calories végétales (contre 17% en 1961) et 14% de la production mondiale de calories animales (contre 34% en 1961). Elle creuserait son déficit net en calories végétales de 93% (son excédent net en calories animales diminuerait de 27%) et en importerait presque autant en 2050 que l’Asie, 2ème importatrice nette après la région Afrique-du-Nord/Moyen-Orient. Son degré général d’indépendance en calories alimentaires demeurerait néanmoins aux alentours de 90%, comme en 1961 et 2006. De l’autre côté de l’Atlantique, les Amériques resteraient quant-à elles largement autosuffisantes, à plus de 120% en 2050, et donc exportatrices nettes avec une très nette affirmation de l’Amérique latine. La troisième et dernière partie du rapport présente et discute trois points critiques du scénario de référence PAB50 adossés aux projections FAO. (1) Le premier est celui des projections démographiques, pour montrer en particulier qu’avec les dernières projections des Nations unies (« Rev. 2012 », scénario « fertilité moyenne »), l’Afrique subsaharienne compterait presque 400 millions d’habitants de plus en 2050 par comparaison avec les anciennes prévisions sur lesquelles s’était appuyée la FAO (« Rev. 2008 »). Toutes choses égales par ailleurs, cela pourrait conduire à ramener sa disponibilité calorique par habitant à celle de 2006 (2400 kcal/j), ou bien à multiplier par 3 son déficit en calories alimentaires végétales, ce qui en ferait alors la 1ère région importatrice. (2) Le second point est celui de la transformation des biomasses alimentaires végétales en animales, pour montrer par exemple que si on appliquait à l’Afrique subsaharienne les hypothèses de conversion faites par la FAO pour l’Asie, l’Afrique diminuerait ses importations nettes en biomasses alimentaires végétales de plus d’un tiers en 2050. (3) Enfin, selon les projections FAO, en 2050, les biocarburants de 1ère génération consommeraient 24% de la production mondiale de sucre, 10% des huiles végétales et 6% des céréales, soit au total l’équivalent de 6% des calories alimentaires végétales de PAB50, contre 3% en 2006. Dans ce scénario biocarburants qualifié de « limité » par la FAO au regard de politiques nationales qui pourraient être plus ambitieuses, EU30 multiplierait par plus de quatre sa consommation de matières premières végétales destinées à la production de biocarburants de 1ère génération entre 2006 (année d’encore très faible consommation) et 2050 (2020 en réalité puisque la FAO fait l’hypothèse d’une stagnation de la consommation de biocarburants à partir de 2020). En 2050, 15% des calories alimentaires végétales consommées par l’Europe seraient utilisées pour la production de biocarburants de 1ère génération, contre 4% en 2006. Par cette demande et surtout celle d’aliments pour animaux, à laquelle s’ajoute un recul relatif de sa production alimentaire en pourcentage de la production mondiale, l’Europe continuerait de jouer, via le marché international, un rôle central dans le système alimentaire mondial. Elle resterait au cœur des tensions et des arbitrages qui détermineront l’avenir du système alimentaire mondial et sa capacité à nourrir correctement et durablement une population qui pourrait atteindre 11 milliards d’habitants en 2100.
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Rapport
[Rapport de recherche] Cirad-CSH. 2014, pp.68
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Bruno Dorin. L’Europe dans le système alimentaire mondial : un scénario pour 2050 adossé aux projections FAO. [Rapport de recherche] Cirad-CSH. 2014, pp.68. 〈cirad-01112998〉

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